Éoliennes flottantes au large de Belle-Île :
enjeux et impacts
Le développement des énergies marines renouvelables constitue un enjeu national important.Toutefois, l’implantation d’infrastructures industrielles en mer doit être appréciée à l’échelle des territoires concernés, en particulier lorsqu’elle intervient à proximité d’un espace insulaire reconnu pour la qualité exceptionnelle de ses paysages et la fragilité de ses écosystèmes.
L’Union belliloise considère que la localisation retenue pour le projet AO5 appelle un examen attentif de ses incidences paysagères et environnementales, ainsi que de ses effets cumulés avec la zone AO9.
Le présent dossier expose les éléments factuels et les analyses qui fondent cette position.
AO5 — Le projet Pennavel
La zone AO5, située à environ 19 km des côtes belliloises, a été attribuée au consortium Pennavel (BayWa r.e. et Elicio).
Le projet Pennavel (Bretagne Sud 1) prévoit l’installation de 20 éoliennes flottantes d’une hauteur pouvant atteindre environ 380 mètres en bout de pale selon les dernières données À cette distance, compte tenu de la hauteur des structures et de la topographie de l’île, les machines seraient visibles depuis de nombreux points du littoral bellilois, notamment depuis la côte sauvage, ainsi que depuis le continent.
Les infrastructures associées (systèmes d’ancrage, câbles dynamiques, zones de sécurité maritime, raccordement électrique) impliquent des interactions avec les milieux marins et les usages existants, dont les effets doivent être évalués.
AO9 — Une seconde zone en perspective
Un appel d’offres a été lancé par l’État pour la zone AO9 (Bretagne Sud 2), contiguë à AO5. Si ce second parc venait à être attribué, l’ensemble représenterait environ une soixantaine d’éoliennes géantes au sud de Belle-Île.
À ce stade, aucune évaluation publique consolidée des effets cumulés entre AO5 et AO9 n’a été présentée, notamment en matière de :
– impact paysager,
– météorologie,
– immaturité technologique,
– pollution chimique
– écosystèmes marins (courants, sable, infra-sons…)
– activités de pêche,
– navigation et d’usages touristiques.
La question des effets cumulés constitue un point central d’analyse. Elle a notamment été soulevée lors d’une réunion publique par Jean-Paul Bibes, membre de l’Union belliloise, qui développe ces éléments sur sa chaîne YouTube.
« L'évidence première est que le paysage participe
au bien-être de l'homme »
Jean ANGUERA
(Académie des sciences, février 2022)
Les incidences de l’implantation à 19 kilomètres
1. Un enjeu paysager central
La hauteur exceptionnelle des éoliennes et leur implantation à environ 19 kilomètres des côtes constituent le cœur du débat.
Commandée par l’État dans le cadre du projet Bretagne Sud AO5, l’Étude paysagère et patrimoniale (2022) examine la valeur des paysages concernés et la visibilité du futur parc dans une aire élargie jusqu’à 50 km autour du projet. Belle-Île, Houat et Hœdic y sont identifiées comme présentant des paysages littoraux de valeur « forte à très forte », caractérisés notamment par des falaises et pointes emblématiques, des horizons maritimes ouverts structurants, la présence de sites protégés et une reconnaissance artistique historique.
Une visibilité étendue et des enjeux paysagers forts
Le rapport analyse les conditions de perception visuelle du parc et rappelle que la hauteur des éoliennes ainsi que leur distance d’implantation conditionnent leur visibilité. Il met en évidence :
• des covisibilités avec plusieurs sites emblématiques de Belle-Île, notamment la pointe et le phare des Poulains ;
• une visibilité de la zone d’implantation sur une large partie du domaine maritime, selon les conditions de perception ;
• des enjeux paysagers qualifiés de « forts » pour le littoral des trois îles, et un niveau de sensibilité « assez fort » depuis certaines liaisons maritimes régulières.
Ainsi, l’étude établit la valeur forte à très forte des paysages bellilois et documente l’existence de perceptions du parc depuis des secteurs à enjeu paysager élevé.
Une interrogation sur l’arbitrage final
Le diagnostic paysager met en évidence la forte sensibilité des paysages concernés.
Le maintien d’une implantation à environ 19 kilomètres des côtes conduit dès lors à s’interroger sur la manière dont ces enjeux paysagers, explicitement identifiés dans l’étude, ont été pris en compte dans le choix final d’implantation.
2. Des impacts marins encore insuffisamment éclairés
La zone concernée par le projet se situe au cœur d’espaces marins fréquentés par de nombreuses espèces : oiseaux marins, mammifères marins et espèces halieutiques exploitées par la pêche artisanale.
À ce jour, les éléments techniques détaillés de l’étude d’impact ne sont pas intégralement accessibles au public, ce qui ne permet pas d’évaluer précisément les conséquences du projet sur les écosystèmes marins ni sur les activités maritimes locales.
Les effets potentiels du bruit sous-marin, des zones d’exclusion et des modifications physiques du milieu doivent être appréciés à l’échelle du fonctionnement global des écosystèmes.
Les interrogations portent également sur les interactions avec les usages professionnels existants, notamment la pêche artisanale.
3. La fragilité potentielle d’une technologie encore peu mature
Le projet repose sur des éoliennes flottantes de très grande dimension, relevant d’une technologie encore en phase de déploiement à grande échelle.
À ce stade, les retours d’expérience disponibles à l’échelle industrielle demeurent limités, en particulier pour des installations de cette envergure et dans des conditions océaniques exigeantes telles que celles observées au large de Belle-Île.
Les incertitudes concernent le comportement à long terme des structures flottantes, des systèmes d’ancrage et des câbles dynamiques, ainsi que la robustesse des installations face aux épisodes de tempêtes et de forte houle. Ces questions doivent être appréciées au regard de la durée de vie prévisionnelle des installations et des exigences de sécurité maritime propres à un environnement insulaire exposé.
Ces éléments appellent ainsi une attention particulière quant à la fiabilité et à la durabilité du projet dans le temps.
4. Effets cumulés AO5 / AO9
La perspective d’un second parc contigu, dans la zone AO9, modifie sensiblement l’échelle du projet initialement présenté au large de Belle-Île.
L’analyse des incidences cumulées devrait intégrer, de manière consolidée, notamment :
l’impact paysager global à l’échelle du sud de l’île ;
les continuités écologiques marines et les habitats sensibles ;
les usages professionnels existants, en particulier la pêche ;
les conditions de navigation et la sécurité maritime ;
les conséquences économiques et touristiques liées à la transformation durable de l’horizon maritime.
À ce stade, aucune étude publique consolidée ne présente de manière globale les effets cumulés des zones AO5 et AO9. En l’absence d’une telle analyse, l’appréciation complète des incidences du projet à long terme demeure partielle.
5. Conditions de décision et transparence
Plusieurs demandes d’accès à des documents techniques, soumises par l’Union belliloise et ses partenaires, sont restées sans réponse. Cette situation ne permet pas aux acteurs locaux et associatifs d’analyser le projet sur la base d’informations pleinement accessibles et contradictoires.
Par ailleurs, un recours introduit devant le Conseil d’État a été rejeté sans examen au fond.
Ces éléments soulèvent des interrogations quant aux modalités d’accès à l’information et à la portée du contrôle juridictionnel dans le cadre de projets industriels de grande ampleur, aux conséquences durables pour les territoires concernés.
La position de l’Union belliloise
L’Union belliloise reconnaît l’importance de la transition énergétique. Elle considère toutefois que :
les impacts paysagers des projets AO5/A09 sont largement sous-estimés,
l’évaluation cumulée AO5 / AO9 doit être rendue publique,
l’accès complet aux études techniques est indispensable,
les incertitudes marines et technologiques doivent être levées.
Si la localisation du parc ne peut être revue de manière significative dans le respect des paysages insulaires et des équilibres environnementaux, un moratoire, voire un abandon pur et simple des projets s’impose.
Quoi qu’il en soit, l’association poursuivra son travail d’analyse, d’information et, lorsque nécessaire, d’action juridique dans le cadre des procédures prévues par le droit.