Se déplacer au quotidien à Belle-Ile-en-Mer et vers le continent

‍Comment se déplacer sur une île où la voiture reste souvent indispensable, où les routes saturent en été, où les traversées maritimes conditionnent l'accès au continent et où les correspondances ne sont pas toujours au rendez-vous ?

‍Ces questions sont devenues centrales pour l'avenir de Belle-Île-en-Mer. Elles concernent la vie quotidienne des habitants, l'accès aux soins, à l'emploi, aux études et aux services, mais aussi l'activité économique et l'attractivité du territoire.

‍Face à ces enjeux, un groupe de citoyens bénévoles, réuni au sein du Conseil de développement du Pays d'Auray à la demande de la Communauté de communes, a conduit en 2025 une vaste enquête consacrée aux besoins et aux attentes en matière de mobilité des habitants à l’année, des résidents secondaires et des visiteurs réguliers, ainsi que des professionnels et acteurs des mobilités.

La participation publique a été exceptionnelle : 610 personnes ont répondu à la consultation, dont 396 habitants à l'année, soit près d'un habitant sur quatorze. L'enquête a également été enrichie par des entretiens réalisés auprès de professionnels du transport et d'autres acteurs du territoire.

L'enquête met en évidence quatre enseignements majeurs :

  • La voiture demeure indispensable à une majorité d'habitants, faute d'alternatives adaptées à de nombreux déplacements du quotidien.

  • Les attentes en matière de sécurité routière et de mobilités douces sont particulièrement fortes, notamment pour les piétons et les cyclistes.

  • Les liaisons maritimes sont globalement appréciées, mais les difficultés de réservation et de capacité restent une préoccupation récurrente.

  • Les correspondances entre bateaux, cars et trains apparaissent comme l'un des principaux points de fragilité de la chaîne de déplacement entre Belle-Île et le continent.

À partir de ces constats, le groupe Mobilités a formulé dix pistes d'action destinées à améliorer les déplacements sur l'île et à renforcer la continuité territoriale.

Une île où la voiture demeure indispensable

L'enquête confirme une réalité bien connue des habitants : à Belle-Ile-en-Mer, la voiture reste aujourd'hui le principal moyen de déplacement du quotidien.

Cette situation s'explique par les caractéristiques mêmes du territoire. Les transports collectifs demeurent limités, notamment hors saison, et les déplacements vers le continent nécessitent souvent de combiner plusieurs modes de transport pour accéder aux soins, aux études, à l'emploi ou aux services.

Pour de nombreux habitants, le recours à la voiture relève donc plus d'une nécessité que d'un choix : au moins un répondant sur deux déclare l'utiliser faute d'alternative adaptée.

L'enquête montre toutefois une forte attente de solutions complémentaires permettant de diversifier les déplacements et de réduire certaines contraintes du quotidien.

Les résultats de l’enquête ont été présentés courant février 2026 à la population des quatre communes de Belle-Ile-en-Mer. 

Indicateurs-clés des quatre communes de Belle-Ile-en-Mer (Insee, 2022)

🔹31 à 45 %
des ménages possèdent au moins deux voitures

🔹65 à 79 %
des déplacements domicile-travail se font en voiture

🔹1 à 4 %
des déplacements domicile-travail utilisent les transports collectifs

🔹5 à 21 %
des déplacements domicile-travail s'effectuent à pied ou à vélo selon les communes

Une forte attente en faveur d’alternatives

L'enquête révèle une adhésion très large aux solutions complémentaires à la voiture :

🔹81 % soutiennent le développement des navettes à la demande.

🔹77 % sont favorables aux mobilités douces (vélo, marche, Vélis, trottinette) ;

🔹77 % approuvent le covoiturage ;

🔹75 % souhaitent la mise en place d'un auto-stop organisé ;

🔹70 % soutiennent le développement de l'autopartage.

Testés par les habitants de Belle-Ile-en-Mer, les véhicules légers intermédiaires (VELIS) ont été présentés pour offrir une mobilité durable, accessible et bas carbone.

Cette aspiration se retrouve dans les priorités exprimées : 67 % des répondants classent le développement des pistes cyclables parmi leurs deux premiers choix, tandis que 46 % placent la régulation des véhicules entrants parmi leurs deux premières priorités.

Même parmi les personnes satisfaites de leurs conditions actuelles de déplacement, plus d'une sur deux considère le développement des pistes cyclables comme prioritaire et près d'une sur deux soutient une régulation des véhicules entrants.

Piétons et cyclistes : ce que dit l'enquête

114 répondants
19 % de l'échantillon

🔹89 %
Mobilités douces
🔹82 %
Infrastructures inadaptées hors bourgs
🔹60 %
Trafic excessif en été
🔹60 %
Aménagements piétons insuffisants
🔹48 %
Pistes cyclables prioritaires

Les attentes de ces usagers les plus exposés à la circulation automobile portent avant tout sur la sécurité, la continuité des itinéraires et le partage de l'espace public.

Des liaisons maritimes essentielles mais sous tension

Pour les habitants de Belle-Île, le bateau est bien davantage qu'un moyen de transport : il constitue le lien quotidien avec le continent et conditionne l'accès aux soins, à l'emploi, aux études et à de nombreux services.

L'enquête montre que la qualité de la traversée est globalement reconnue. Ponctualité, accueil et confort recueillent des appréciations largement positives.

Les principales difficultés concernent davantage l'organisation du service que la traversée elle-même. Les tensions se concentrent sur la réservation des places véhicules en période estivale et sur l'adaptation des rotations aux besoins des usagers les plus réguliers.

Enfin, l'enquête met en évidence une réalité souvent méconnue : pour de nombreux voyageurs, la principale difficulté commence après le débarquement. La coordination avec les autres modes de transport apparaît comme l'un des enjeux majeurs des mobilités entre Belle-Île et le continent.

Ainsi, les attentes portent moins sur la qualité du service maritime que sur la fluidité de l'ensemble du parcours.

Les habitants à l'année : priorité à la continuité territoriale

  • 🔹72 % utilisent le bateau au moins une fois par mois

  • 🔹92 % embarquent un véhicule au moins occasionnellement

  • 🔹94 % rencontrent des difficultés de réservation véhicule en été

  • 🔹45 % seulement sont satisfaits du nombre de rotations

  • 🔹41 % placent l'amélioration des correspondances comme priorité n°1

Les Pass Fréquence : une attente de souplesse et de lisibilité

  • 🔹82 % embarquent un véhicule au moins occasionnellement

  • 🔹98 % rencontrent des difficultés de réservation en période estivale

  • 🔹64 % sont satisfaits du nombre de rotations

  • 🔹35 % placent le prix parmi leurs priorités d'amélioration

  • 🔹45 % placent l'amélioration des correspondances comme priorité n°1

Après le débarquement : des mobilités contrastées

Pour les usagers de Belle-Île, la traversée maritime n'est qu'une étape du voyage. Une fois arrivés à Quiberon, les modes de déplacement varient selon les besoins et les profils des voyageurs.

La voiture demeure largement dominante, en particulier chez les habitants permanents et les usagers les plus réguliers. Les transports collectifs occupent néanmoins une place significative, notamment parmi les voyageurs occasionnels.

Ces différences de pratiques montrent que la qualité du déplacement ne dépend pas seulement du bateau, mais aussi de la manière dont les différents modes de transport s'enchaînent une fois arrivé sur le continent.

▁▃▆█ CHIFFRES

🔹 67 %
poursuivent leur trajet avec un véhicule embarqué

🔹 77 %
des Pass Insulaires utilisent leur voiture après la traversée

🔹 87 %
des titulaires d'un Pass Fréquence véhicule font de même

🔹 21 %
utilisent le car BreizhGo ou le TER

🔹 9 %
laissent leur véhicule sur la presqu'île

Correspondances : le principal point de fragilité

L'enquête montre que les principales difficultés rencontrées par les usagers concernent moins la traversée maritime elle-même que les correspondances avec les autres modes de transport.

Cette attente est particulièrement forte chez les usagers réguliers : 41 % des titulaires du Pass Insulaire et 45 % des titulaires du Pass Fréquence placent l'amélioration des correspondances parmi leurs priorités.

Les résultats révèlent également un niveau élevé d'insatisfaction concernant la coordination entre les bateaux, les cars et les trains. De nombreux répondants déclarent avoir déjà manqué une correspondance, avec des conséquences parfois importantes pour les déplacements professionnels, les rendez-vous médicaux ou les démarches administratives.

Pour une partie des usagers, la qualité du voyage dépend donc autant de la traversée que de la fiabilité de l'ensemble de la chaîne de déplacement entre Belle-Île et le continent.

▁▃▆█ CHIFFRES

🔹68 %
des répondants sont insatisfaits de la coordination entre le bateau et les cars.

🔹61 %
sont insatisfaits de la coordination entre les cars et les trains.

🔹50 à 67 %
des usagers concernés déclarent avoir déjà manqué une correspondance.

🔹41 à 45 %
placent l'amélioration des correspondances parmi leurs principales priorités.

Liberté et sécurité au cœur des mobilités

A la fin de l'enquête, après avoir répondu aux questions sur les déplacements sur l'île, les traversées maritimes et les correspondances avec le continent, les participants étaient invités à associer trois mots au terme « déplacement ».

Cette question ouverte permettait de prendre du recul par rapport aux usages quotidiens et de mieux comprendre les idées, les attentes et les préoccupations associées aux mobilités dans la vie des habitants de Belle-ÎIle-en-Mer.

Ce que montre l’analyse des réponses

⚪ ➜ 🔴 Liberté et sécurité sont souvent associées : plus d'un quart des répondants évoquant la liberté mentionnent également une notion de sécurité.

🔵 ➜ 🔴 Le vélo est fortement lié aux questions de sécurité : près de quatre répondants sur cinq évoquant le vélo ou les aménagements cyclables mentionnent également la sécurité, le danger ou le partage de la route.

🟣 La traversée est fréquemment associée à des contraintes d'organisation : anticipation du voyage, réservation ou disponibilité des places.

Dix pistes d'action issues de l'enquête

À partir des résultats recueillis auprès des habitants et usagers, le groupe Mobilités du CODEPA a formulé dix orientations destinées à améliorer les déplacements sur Belle-Île et vers le continent.

1. Adapter les mobilités aux capacités de l'île
Mieux prendre en compte les limites du territoire et anticiper les périodes de saturation.

2. Désengorger Le Palais en saison
Développer des solutions de stationnement périphérique et de desserte du centre-ville.

3. Développer des alternatives crédibles à la voiture
Renforcer le transport à la demande, les navettes, le covoiturage, l'autopartage et l'auto-stop organisé.

4. Accélérer les mobilités douces
Créer des pistes cyclables sécurisées, améliorer les accès aux bourgs et faciliter l'embarquement des vélos.

5. Améliorer la sécurité et le partage de la route
Prévenir les conflits d'usage entre automobilistes, cyclistes et piétons.

6. Faciliter les déplacements des insulaires
Adapter les tarifs et les conditions de transport aux besoins des habitants permanents.

7. Mieux accueillir les usagers des traversées
Améliorer l'accessibilité, les conditions d'embarquement et les infrastructures portuaires.

8. Renforcer les correspondances continentales
Mieux coordonner les horaires des bateaux, cars et trains du réseau BreizhGo.

9. Développer la multimodalité entre l'île et le continent
Faciliter l'enchaînement des différents modes de transport et renforcer les solutions alternatives.

10. Associer davantage les usagers aux décisions
Favoriser le dialogue entre habitants, associations, opérateurs de transport et collectivités.

Une démarche collective

Ces dix orientations ne constituent pas un programme d'action clé en main. Elles traduisent les attentes exprimées par les habitants et les usagers tout au long de l'enquête et visent à alimenter la réflexion des collectivités, des opérateurs de transport et de l'ensemble des acteurs concernés.

L'un des enseignements les plus marquants de l'enquête est d'ailleurs la forte volonté de participation exprimée par les répondants. Près de trois personnes sur quatre se déclarent favorables à la création d'une association d'usagers des liaisons maritimes.

Au-delà des difficultés identifiées, l'enquête révèle ainsi un atout majeur du territoire : des habitants prêts à s'engager, à dialoguer avec les collectivités et les opérateurs, et à contribuer à la recherche de solutions adaptées aux réalités de l'île et aux besoins de ceux qui y vivent toute l'année.